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Blog d'un médecin généraliste, chef de clinique universitaire:
« Guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours. » (Louis Pasteur)

samedi 15 avril 2017

Dragi Webdo n°136: hyperaldostéronisme primaire (reco), benzodiazépines (reco HAS), Helicobacter Pylori (reco), infarctus/IPDE-5, IEC/ARAII

Bonjour!
Dans la rubrique "le Dr Agibus a testé pour vous", j'ai voulu titiller la Revue Prescrire en écrivant une lettre parlant : d'une part de certaines études montant un bénéfice des fibrates dont une revue Cochrane et d'autre part de la conclusion récente d'un paragraphe de la revue disant qu'il n'y avait pas de bénéfice des analogues du GLP-1. Leur réponse s'est faite par mail en environ 1 mois (plutôt rapide selon moi). L'argumentaire de non inclusion des études dont je parlais dans leur synthèse était clair, en expliquant les biais (parfois assumés des auteurs) dans ces études. Bref, les quelques inquiétudes que j'avais ont été dissipés et ma confiance dans la revue s'en sort renforcée! (je n'ai pas reçu de financement ni de réduction sur l'abonnement pour ces quelques phrases). Il me tarde désormais d'avoir l'article en cours de rédaction sur les analogues du GLP-1!

Et comme d'habitude, voici les articles parus cette semaine dont je ne peux m'empêcher de vous parler. Bonne lecture!

1/ Pharmacovigilance

Pour commencer, l'ANSM a demandé la création d'un comité évaluant la balance bénéfices/risques du dispositif Essure. Formulé comme cela, le comité ne statuera pas clairement si oui ou non ce dispositif peut être impliqué dans les troubles physiques dont il est accusé aux États Unis. Il est probable que la conclusion soit que les risques potentiels sont très rares et à ce jour non prouvés, donc que les bénéfices excèdent les risques (dont il faut informer les patientes).

Une étude de cohorte rétrospective incluant plus de 300 000 patients publiée dans le BMJ a étudié les effets indésirables des cures relativement courtes de corticoïdes (< 30jours). Dans 50% des cas, il s'agissait de traitements de 6 jours avec une dose médiane de 20mg/j d'équivalent prednisone. Les auteurs ont retrouvé un sur-risque de sepsis (facile à trouver celui là), mais aussi de maladie thrombo-embolique veineuse et de fractures.


2/ Cardiovasculaire

Parlons maintenant de sexe et de mortalité. Une étude rétrospective suédoise a analysé la survie des patients avec une prescription d'inhibiteurs de la phospohodiesthérase-5 ou d'alprostadil pour dysfonction érectile après un infarctus du myocarde. Les auteurs ont retrouvé que les chez les patients traités par IPDE-5, le risque de mortalité à 3 ans était diminué de 33% par rapport à ceux sans traitement. Le bénéfice était majorée avec le nombre de délivrance de ces traitements. On peut alors se demander si c'est l'IPDE-5 qui est bénéfice ou l'activité physique répétée qui améliore la survie! L'étude répond également en partie à cette question, car les patients traités par alprostadil n'avaient pas de gain de mortalité et la comparaison directe entre IPDE-5 et alprostadil était en faveur d'un traitement par IPDE-5 pour réduire la mortalité. Une piste à explorer dans les traitements de l'infarctus? Ou un simple reflet de l'observance des bêta-bloquants chez les patients?

Les sociétés françaises d'HTA, d'endocrinologie et de chirurgie endocrine ont publié des recommandations dans l'hyperaldostéronisme primaire (une VF intégrale est dispo sur BMLweb). Elles sont longues et subdivisées en chapitre mais on va essayer de résumer ce qui peut intéresser les généralistes.
- Rechercher un HAP si: HTA sévère, résistante, avec hypokaliémie, avec atteinte d'organes cibles disproportionnée ou incidentalome avec HTA/hypokaliémie
- Recherche par mesure du rapport aldostérone/rénine prélevé : le matin, plus de 2 heures après le lever, en position assise depuis 5 à 15 minutes, en régime normosodé, en normokaliémie et sans traitement interférant :anti-HTA (sauf inhibiteurs calciques et alpha-bloquants) stoppés depuis 2 semaines, diurétiques épargneurs et oestro-progestatifs stoppés depuis 6 semaines.
- Rechercher ensuite une cause en commençant par un TDM surrénalien.

3/ Troubles du sommeil

La HAS a publié des recommandations sur la prescription de benzodiazépines. Absolument rien de neuf dans la fiche (prescriptions la plus courte possible, risque des benzo, bénéfices très faibles etc...). Les points de nouveauté concernent la prescription sur ordonnance sécurisée du zolpidem, ainsi qu'une petite phrase pour les sujets âgés traités depuis longtemps disant qu'il ne faut pas s'acharner à les arrêter parce que le déséquilibre lié à l'arrêt serait plus dangereux que les risques de la poursuite.

Pour continuer sur les benzodiazépines, une étude rétrospective a retrouvé une majoration du risque de pneumopathie chez les patients avec une maladie d'Alzheimer traités par benzodiazépines. Un effet indésirable supplémentaire à prendre en compte chez ces patients.

4/ Gastro-entérologie

Les recommandations sur Hélicobacter Pylori sont parues il y a peu (j'en avais parlé ici) et viennent se compléter avec des traitements à privilégier selon les résultats de FOGD. Cependant, ce qui est intéressant dans cette page du GEFH, est qu'il semblerait que le traitement par quadrithérapie bisthmutée soit recommandé en première intention de façon européenne quand ce traitement est disponible car il y a moins de résistance. Une recherche rapide sur internet retrouve que la quadrithérapie avec clarithromycine est à utiliser en première intention sur la résistance à ce traitement est inférieure à 15% et en Europe du nord, c'est le cas. Cependant, la France de l’Europe de l'ouest avec des résistances entre 16 et 18%, et c'est dans ce cas bien la quadrithérapie bisthmutée qu'il est préférable d'utiliser en première intention. Ça m'apprendra à avoir râler sur les gastros qui la mettaient d'emblée... Mea Culpa.


5/ Diabétologie

Quelle est le meilleur traitement préventif des néphropathies diabétiques en l'absence d'HTA? Un article de family practice a fait une revue narrative et retrouvé que les IEC réduisaient l'apparition d'une néphropathie chez les diabétiques normotendus et réduisaient la mortalité des diabétiques de 16 % qu'ils soient hypertendus ou non. Les ARAII ne réduisaient pas la progression des néphropathies chez des patients normotendus et n'étaient pas associés à une diminution de la mortalité globale chez les patients hyper ou normotendus.  Avec ces données , on voit quand même que BigPharma a fait un beau boulot compte tenu de patients diabétiques sous ARAII d'emblée pour lesquels l'IEC serait préférable...


C'est fini pour cette semaine! Si vous vous êtes toujours demandé pourquoi les méchants des films avaient une sale tête, c'est tout simplement parce qu'ils ont des maladies dermatologiques... D'où la question: est ce que c'est le fardeau de leur maladie qui les rends aussi nerveux, ou est-ce l'appartenance à un cluster de personnalité particulier qui favorise l'apparition des pathologies? Vous avez 2 heures...


Joyeuses fêtes de Pâques et à bientôt!

@Dr_Agibus


3 commentaires:

  1. Bonjour

    Tu écris :
    "le risque de mortalité à 3 ans était diminué de 33% par rapport à ceux sans traitement"
    Risque relatif comme je le suppose?
    Si c'est le cas , quel est le risque absolu?

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    1. Bonjour, effectivement le lien vers l'article ne marchait pas. Donc, en risque absolu on a 3,6% dans le groupe avec IPDE-5 versus 11,8% sans soit une RAR de 8,2%.

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  2. Merci pour ces précisions

    le RR est toujours mis en avant et jamais le RA, or c'est ce dernier qui est le plus "parlant".

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