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Blog d'un médecin généraliste, chef de clinique universitaire:
« Guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours. » (Louis Pasteur)

samedi 8 août 2015

Tout ce que je ne sais pas faire...


Y'a certaines phrases qui m'ont marqué plus que d'autres. Elles ont influé sur ma pratique de la médecine parce qu'elles me bouleversent, qu'elles transmettent un message qui fait réfléchir sur ma pratique et sur nous même...
Ces patients, ces hommes, ces femmes, je les remercie de ce qu'ils ont fait pour moi malgré ce que j'ai pu leur faire, ou pas faire d'ailleurs...


Aux urgences, cette vénérable patiente qui vient sur ces deux jambes pour un tableau évoquant une embolie pulmonaire. Le scanner montre une dissection aortique. Je vais lui expliquer qu'on va la transférer en SAMU.
"Est ce que je vais mourir docteur?"
Je n'étais même pas docteur, je ne le savais pas, et je ne m'était pas non plus préparer à lui annoncer...
 
En pédiatrie, cette adolescente qui venait pour des douleurs abdominales. Elle avait un cancer métastasé. Je n'ai pas pu lui annoncer. Le traitement de la NEM a été lourd et plutôt efficace:
"L'interne qu'on a vu aux urgence, il n'est plus là? J'aurai aimé le remercier".
Je ne savais pas, je n'étais pas présent quand on lui a annoncé, ni quand on l'a traité, ni quand elle a eu les effets secondaires. Mais il semble que pour elle, je l'étais.

A l’hôpital, cette femme qui doit être hospitalisée pour une anomalie pulmonaire avec une lyse costale. On ne lui a encore pas expliqué que ce n'était pas une infection, on ne lui a pas encore expliqué qu'elle allait être transférée en onco-pneumologie:
"Vous savez ce que c'est? j'espère tellement que ce n'est pas un cancer..."
Je ne savais pas comment lui dire, c'était ma première annonce, je n'était pas assez préparé.

En ville, cette demoiselle qui avait un retard de règles de 7 jours et qui m’interroge  pour des saignements bizarres qui sont repartis aussi vite qu'ils sont apparus. On a diagnostiqué une fausse couche. Elle voulait tellement un enfant:
"J'aurai préféré ne pas savoir..."
Je le savais. C'est une amie, elle a compris toute seule. J'espère avoir été un peu mieux préparé que les fois d'avant, mais ça, je ne le sais pas.


Comme disait Jean: "Je sais... Je sais qu'on ne sait jamais"

2 commentaires:

  1. Dans notre département de médecine générale, nous avons déplacé le cours sur "l'annonce d'une mauvaise nouvelle" en début de troisième cycle, en raison justement du nombre d'internes qui se retrouvent en difficultés. Evidemment, un cours ne gomme jamais la difficulté humaine que pose la situation d'annoncer à un autre être humain qu'il lui arrive un truc vraiment embêtant, mais le fait d'avoir des repères théoriques facilite de beaucoup la démarche.
    A part ça, c'est vrai qu'on en a beaucoup, des patients qui nous apprennent des choses sur notre métier ;-)

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    1. Merci du commentaire.On avait aussi un cours comme ça, et j'ai fait en stage des jeux de role sur l'annonce mais je pense qu'on s'y fait jamais...

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